À 20 ans, Wu Di fait ses études dans la province du Guangdong. Il voudrait devenir analyste chimiste : « J’aime bien porter une blouse blanche », nous dit-il avec un grand sourire. Mais pour concrétiser son rêve, il doit acquérir les compétences cruciales qui l’aideront, dans quelques années, à être compétitif sur le marché du travail. Alors il apprécie que l’École technique avancée d’urbanisme du Guangdong, où il étudie, lui donne tous les atouts pour être opérationnel : « En plus de compétences pratiques pour procéder à des analyses et des tests de chimie, j’ai acquis d’autres aptitudes », souligne-t-il.
Les défis
En Chine, plus de 11 millions d’étudiants s’inscrivent chaque année, comme Wu Di, dans les filières d’enseignement technique et professionnel. Selon le ministère de l’Éducation, le pays compte plus de 1 100 instituts supérieurs et pratiquement 15 000 établissements secondaires techniques/professionnels.
Mais tous se heurtent, à un niveau ou un autre, à des difficultés spécifiques : obsolescence des programmes et des méthodes de formation, retard sur l’évolution des besoins du marché, manque de compétences pratiques chez les enseignants, volume insuffisant de travaux pratiques et de stages pour les étudiants, déçus dans leurs attentes.
Le Projet d’enseignement et de formation techniques et professionnels dans la province du Guangdong, financé par la Banque mondiale, aide trois établissements (l’École technique avancée d’urbanisme, l’École technique avancée pour l’industrie légère et l’École technique avancée de Yangjiang) à remédier à ces difficultés, de manière à améliorer la qualité de l’enseignement professionnel dispensé et de le rendre plus pertinent par rapport aux besoins des étudiants.
Réformes au niveau des établissements
L’une des priorités du projet porte sur la modernisation des programmes, par l’introduction notamment de modules fondés sur les compétences et d’une pédagogie centrée sur l’élève. Wei Bincheng, un camarade de promotion de Wu Di qui s’oriente vers la gestion des travaux publics, trouve que les changements sont tangibles : « Avant, l’enseignant dirigeait la classe et nous restions passifs, à l’écouter », raconte le jeune homme. « Aujourd’hui, les enseignants travaillent leur sujet avec nous et nous progressons ensemble ». Et d’ajouter : « Avant, on évaluait nos résultats scolaires sur le seul critère des examens. Aujourd’hui, l’école s’intéresse davantage à nos compétences pratiques ».
He Xiaowen observe aussi des changements là où il étudie, à l’École technique avancée pour l’industrie légère : « Maintenant, on nous incite à apprendre par la pratique et par tâtonnements. Donc nous cherchons davantage à appréhender un projet dans sa globalité plutôt que de simplement retenir ce que les enseignants nous disent en cours », souligne-t-il.
Le projet contribue aussi au perfectionnement des enseignants et du personnel administratif. Chen Gongfan, principal adjoint de l’École technique avancée pour l’industrie légère, rappelle l’accent mis sur l’évolution des mentalités des enseignants vis-à-vis de l’éducation : « Les enseignants sont le fer de lance des réformes dans les établissements, donc ils doivent faire œuvre de pionniers », analyse-t-il.
Dans son établissement, plus de 80 professeurs ont bénéficié d’une formation en dehors de la province, voire à l’étranger (en l’occurrence, à Singapour). He Tieshan, qui enseigne l’éthique professionnelle, abonde dans son sens. Il raconte comment la formation l’a aidé à modifier sa vision d’un « bon » enseignant : « J’ai compris que le fait d’être capable d’assurer un cours magistral ne faisait pas forcément de moi un bon prof. Ce qui compte, c’est que mes étudiants apprennent vraiment ».
Pour cela, He Tieshan a multiplié les études de cas dans ces cours et s’est aussi mis à organiser des activités plus inventives, comme des jeux de rôle, pour inciter les étudiants à participer. Depuis, les échanges en classe se multiplient et les élèves sont plus impliqués.
Au-delà des stages et des apprentissages, les établissements ont cofondé des ateliers ou des laboratoires avec des entreprises, ce qui permet aux étudiants de participer directement à de vrais projets. Des experts du monde de l’industrie sont par ailleurs invités à enseigner : dans les établissements soutenus par le projet, ils représentent désormais 11 % du corps enseignant.
Résultat, le taux de réussite à l’examen national de certification des compétences est passé à 86 % en 2012, contre 70 % en 2009, sachant que 91 % des diplômés ont trouvé un emploi dans les six mois qui ont suivi leur diplôme.